Sommaire

Il existe plusieurs types d’autorégulation, chacun agissant sur des niveaux et avec des moyens différents. Cependant tous, ou presque, ont pour base la méditation; c’est-à-dire un processus menant le mental à un état de profonde concentration, éliminant de fortes manifestations émotionnelles. La méditation a été spécialement développée dans le Yoga indien, le Yoga bouddhiste, le Yoga taoïste ainsi que dans la religion orthodoxe dans la pratique de l’hésychasme. L'état somatique de celui qui médite se caractérise par la décontraction, la relaxation. Il est très important de décontracter tous les muscles du corps, les ligaments, et, bien sûr, la langue, qui est le principal indicateur du calme psychique, doit être décontractée et reposer dans la bouche à la manière d’un pétale de lotus.

Progressivement, la relaxation physique grandissante amène le mental vers un monde de calme et de vide, parfois traversé par des pensées, et dans lequel se forment les images d’une majestueuse pacification alors que disparaissent vanité et rigidité des émotions. Les émotions et les tensions du système nerveux, inhérentes à la conscience éveillée, influencent la distribution des flux énergétiques dans les organes et les méridiens énergétiques, agissant comme des écluses qui retiennent la distribution de l'énergie dans le corps. La relaxation ouvre ces écluses de la conscience.

La position du corps pendant cette relaxation peut être diverse :

a)   Allongé sur le dos.

b)  Allongé sur le côté droit, le bras droit plié au niveau du coude et posé par terre, le bras gauche posé sur la cuisse.

c)  Assis en tailleur, les jambes croisées, la jambe gauche placée à l'extérieur contre la droite. Les mains, décontractées, sont posées devant le ventre. Le pouce de la main gauche touche le bout du majeur gauche et toute la main gauche repose dans la paume droite. Le pouce de la main droite est un peu replié et touche le point lao gong au centre de la paume gauche.

d)  Assis dans la position classique du lotus du Hatha-Yoga etc.

De par son caractère universel et sa simplicité d'exécution, l'autoentraî­nement peut être utilisé comme une variante de technique méditative. Il s’a­git de ressentir un endroit déterminé du corps ou une émotion précise, tout en concentrant sa pensée sur la réalité de cette sensation. Des mots-images, des mots-symboles accompagnent et intensifient ce processus. Pour les chi­nois “ la pensée dirige l'énergie”, et cette expression explique l'essence même de l'autoentraînement, qui permet de concentrer un type déterminé d'énergie, pour réguler celle-ci, dans le système en général ou dans une zone particu­lière. En appliquant ce principe avec un contenu émotionnel, on peut influencer le corps astral et le dan tian du milieu. Une formule-symbole, une notion rationnelle, comme par exemple “ il fait chaud” ou “ il fait froid”, influence d’abord le corps éthérique puis, indirectement, le corps mental. Il va de soi que le corps physique est influencé dans tous les cas.

On peut appliquer l'autoentraînement aux points biologiquement actifs, avec un rythme de travail précis, en tenant compte du temps de tonification ou de sédation de ces points. Pour plus de détails sur cette technique, on peut se référer aux nombreux livres d'acupuncture.

Dans le Yoga, il existe une méthode similaire mais enrichie par le transfert de la conscience de la personnalité vers différents endroits du corps ou divers objets extérieurs. Ceci est détaillé dans les différents ouvrages consacrés aux techniques de Yoga.

Le Pranayama est le contrôle sur l'énergie absolue, sur la force de vie. Les yogis recommandent d’en commencer l'apprentissage par l'acquisition et la maîtrise du prana psychique, car il est plus proche du Moi humain que les forces corporelles. Le long de la moelle épinière, à droite et à gauche, se trouvent deux courants du prana : Ida et Pingala. Au centre de l'épine dorsale passe le canal Sushumna, dont la terminaison inférieure est le triangle de substance subtile constituant l'intérieur du lotus de l'énergie Kundalini, et contenant le stock concentré de la force cachée. Les méthodes permettant le réveil de la Kundalini sont le but principal du Pranayama. Ce but s'atteint en deux étapes : on distingue un objectif intermédiaire - le réveil des vibrations rythmiques des centres énergétiques à l'aide de la respiration, puis un deuxième - la concentration du prana, son contrôle et sa maîtrise. Ce système est en cohérence avec les enseignements chinois sur la régulation, et complète les exercices respiratoires.

On peut dire qu'à la différence des systèmes du Qi gong, où la priorité est donnée à la régulation de l'énergie interne, la respiration n’étant qu’une aide, dans le Pranayama, ce qui prime c’est la maîtrise de l'alternance de la respiration, c'est à travers celle-ci qu’il y a absorption et activation de l'énergie. Les exercices respiratoires y sont élaborés de manière très détaillée et variée. La respiration complète des yogis comprend trois variantes: la respiration nettoyante, la respiration “ vitalisante” et la respiration vocale.

La respiration nettoyante :

1. Inspirer profondément.
2. Retenir la respiration.
3. Sans gonfler les joues, par bouffées, avec vigueur, expirer l'air à travers les lèvres serrées par intervalles d'une seconde.

La respiration “ vitalisante” :

1. Debout, le corps droit.
2. Inspirer puis retenir la respiration.
3. Amener lentement les mains vers les épaules, en tendant progressivement les muscles jusqu’à une tension maximale et en serrant les poings.
4. En maintenant la tension des muscles, ouvrir les poings puis les resserrer tout de suite. Répéter ce mouvement plusieurs fois.
5.Expirer fortement l'air par la bouche.
6. Puis faire la respiration nettoyante.

La respiration vocale:

1. Inspirer très lentement, mais fortement, à travers les narines.
2. Retenir l'air dans les poumons.
3. Expirer de manière forte, en rejetant l'air par la bouche grande ouverte.
4. Faire la respiration nettoyante.

La respiration par une narine : ayant fermé la narine droite, inspirer par la gauche et faire descendre le courant de l'énergie à travers le canal gauche Ida. En retenant la respiration, faire passer l'énergie dans le centre “ dormant” du bas, puis la faire remonter à travers le canal droit Pingala. Fermer ensuite la narine gauche et expirer lentement par la narine droite. Puis recommencer dans l'ordre inverse.

La respiration rythmique permet d’unir les rythmes de l’ensemble du corps, d’intensifier la circulation du sang, et de diriger le flux renforcé de l'énergie vers n'importe quelle partie du corps ou organe. Les yogis se servent du battement du cœur comme unité de rythme.

Le temps de l'inspiration et de l'expiration sont identiques, et le temps de la rétention est égal à la moitié du temps de chaque stade :
1. Inspirer lentement pendant six battements.
2. Retenir sa respiration pendant trois battements.
3. Expirer lentement par le nez pendant six battements.
4.S'arrêter pendant trois battements.
5. Répéter ceci plusieurs fois, mais sans se fatiguer.
6. Faire la respiration nettoyante.

On peut augmenter progressivement le temps de chaque stade jusqu'à 15 battements, l'essentiel étant d’acquérir un rythme.

La respiration harmonieuse ressemble à la respiration rythmique, mais la combinaison du nombre de battements pendant l'inspiration et l'expiration diffère. Leur rapport se trouve dans une proportion de 2:3. Par exemple, l'inspiration - six battements, l'arrêt - trois battements, l'expiration - neuf battements et puis l'arrêt - trois battements. Divers rapports sont possibles : 4:2:6:2, 6:3:9:3, 2:1:3:1, 8:4:12:4 etc. Il faut essayer de sentir le sens profond de chaque combinaison, sa spécificité, ses objectifs.

La respiration psychique utilise la respiration rythmique devenue - après apprentissage - un automatisme, et par conséquent dégageant la conscience des entraves du comptage, pour lui permettre d’envoyer des vibrations psychiques en distribuant le prana, ou en réprimant la douleur, ou en dirigeant la circulation du sang, ou en se soignant ou en guérissant d'autres personnes. La pratique de cette respiration réveille des phénomènes énergétiques analogues à des phénomènes extra sensoriels comme l'envoi de pensées à distance, la formation de l'aura, la saturation de son organisme ou de celui d'autres personnes par le prana, la saturation par le prana de l'eau, l'acquisition de capacités mentales, la maîtrise des émotions.

La respiration essentielle globale. Il s’agit d'un processus de respiration qui s'effectue à travers toutes les parties et tissus du corps. Il est dit : “ Est béni le yogi qui peut respirer à travers ses os”.

La méditation est une tentative pour plonger dans l'inconscient. La voie de l'inconscient est obscure et méconnue, elle semble irrationnelle à la raison et paraît illogique à la logique. C'est pourquoi si on réfléchit au moyen d’entrer en méditation, on ne réussit jamais à y pénétrer, puisque la partie consciente de l'esprit ne le permet pas. La méditation est impossible à travers le mental (la réflexion). C'est pourquoi plusieurs systèmes utilisent des méthodes énergétiques au cours desquelles la conscience perd de son influence à mesure que l’intensité augmente. Les soufis derviches utilisaient la danse comme technique nécessitant la participation de toute l'essence du danseur, et où arrive obligatoirement le moment où l'intellect se déconnecte et la danse devient “ folle” c’est-à-dire inconsciente.

Les taoïstes proposent d'oublier la conscience ainsi que les normes sociales et les conventions. Dans l'état de l'oubli de soi-même (qi wa), l'homme en comprenant sa nature véritable, fusionne avec le monde environnant. L'état de “ grande union” (da tung) correspond à un état d’autorenoncement et d’interpénétration libre et spontanée avec le Tao, un état “ nature” et du non-agir. Sans réprimer leur nature, les taoïstes permettent aux émotions et au mental d'agir selon leurs propres lois, et, en se concentrant au maximum sur le repos, ils se détachent du flux de la psyché (du mental), devenant ainsi des observateurs impartiaux. Le mental (la psyché) se calme de lui-même. Dans le Tao to king, il est dit: “ Il faut rendre la conscience singulièrement impassible, il faut fermement protéger la tranquillité, et alors tous les objets changeront par eux-mêmes, mais il nous restera seulement à contempler leur retour. Elle est grande la variété des objets, mais ils reviennent à leur source”.

Les bouddhistes Zen attribuaient à la méditation un rôle exceptionnelle­ment important. Généralement, ils effectuaient d’abord des exercices phy­siques et psychologiques pour ôter l'excitation, comme le massage des points biologiquement actifs, le massage avec de l'eau, les exercices respira­toires, l'activation des dan tian, l’activation des méridiens etc. Dans le pro­cessus de la méditation, la conscience se concentre sur un point (yi nian xing) et, en s'attardant dans son vide, se vide jusqu'à l'absence complète d’idées et d’images (wu xing). Puis la conscience oscille passivement d'une idée à l’au­tre, sans s'attarder, sans contrôler et sans analyser ce processus. Les pensées sont semblables aux grues filant dans le ciel et disparaissant au loin sans laisser de traces.

La méditation c’est la contemplation de notre nature initiale et de l'absence d’émotion. Pour cela, il faut renoncer aux signes extérieurs et à toute attache avec les objets qui nous entourent. Shrî Aurobindo affirme que l'homme qui cherche est constamment entouré par sa conscience, qui dépend de son état intérieur. Cette conscience est l'atmosphère individuelle, l'enveloppe protectrice grâce à laquelle il peut sentir et arrêter les vibrations psychiques, avant qu'elles ne le pénètrent.

Shree Rajneesh a décrit la méditation comme un état de “ non-esprit” (sans mental), un état où la conscience est propre et sans contenu. L'esprit est comme une cohue constante: les pensées, les désirs, les souvenirs bougent. Lorsqu’il n'y a plus de cohue et que la réflexion cesse, pas une idée ne se manifeste, pas un désir ne se maintient, vous êtes entièrement silencieux: c’est à ce silence que correspond la méditation. Et c’est uniquement dans ce silence que la vérité est connue, et jamais à aucun autre moment. D’un point de vue bioénergétique, la méditation est un état dans lequel on ôte à la conscience la possibilité de résister par rapport à l'extérieur, elle laisse passer à travers elle chaque caillot énergétique sans la moindre friction, sans le freiner et sans l'intégrer. Tout phénomène extérieur passe sans subir la moindre altération, et donc sans provoquer de réaction de la sérénité intérieure de la conscience et de l'essence énergétique de l'homme.

Habituellement le subconscient souffre et se languit dans la cage érigée par l'éducation, l’ensemble des connaissances acquises, les réflexes conditionnés inhérents aux aspects moraux, sociaux ou culturels du développement de la personnalité, et il se libère du joug de la conscience pendant la méditation. Tout d’abord, fêtant la sensation de liberté, il “ fait des folies” en testant et en balayant les frontières qui restent. Puis en se calmant, le subconscient se détend à son tour dans la béatitude, en s'immergeant dans le flux du champ informationnel, et en se nettoyant, laisse passer celui-ci de plus en plus facilement.

On peut trouver des exemples historiques de ce phénomène dans l'ascétisme, dans l'altruisme, ou encore dans la foi en Dieu des adeptes des différentes religions ainsi que dans les enseignements philosophiques. À la fin, la personnalité est capable de se dissoudre complètement dans ce qui l'entoure, de percevoir les signaux extérieurs, de manière hypersensible, à travers toute son essence et d’utiliser les flux extérieurs d’énergie pour ses besoins internes.

Qi gong signifie précisément “ travail énergétique”. Comme nous l’avons évoqué plus haut, c'est un synonyme du Pranayama, mais l'approche est ici tout à fait différente. La respiration y joue un rôle important mais qui ne le définit pas. Ce qui prime avant tout est la circulation et la maîtrise de l'énergie à l'intérieur du corps, le perfectionnement des mécanismes d'expulsion de l'énergie à l'extérieur et les exercices permettant sa circulation en dehors du corps selon différents circuits fermés.

On peut diviser le Qi gong en trois catégories : le Qi gong statique, dans lequel le travail énergétique est central, le corps physique restant immobile; le Qi gong dynamique, dans lequel le travail énergétique est stimulé par des mouvements précis du corps et par le changement de l'attention d'une partie du corps vers une autre, ce qui favorise le passage de l'énergie dans ces zones; et le Qi gong mixte, dans lequel se mêlent exercices statiques et dynamiques, ce qui suppose une grande souplesse de la conscience ainsi que la liberté à passer d'un type de Qi gong à l'autre.

Conventionnellement, on peut classer ces trois groupes de Qi gong en fonction du degré de complexité de leur exécution (en prenant en considération qu'aucun enchaînement de Qi gong n'est équivalent à un autre, ni par la durée, ni par le niveau des charges physiques et psychologiques) : le plus simple est le Qi gong dynamique, vient ensuite le Qi gong statique, le plus complexe étant le Qi gong mixte. Ils ont en commun des principes de base hérités d’anciens temps, matérialistes par nature, considérant le Ciel, la Terre et l'Homme comme un tout. “ Les pertes ont un surplus, l'enrichissement ne suffit pas, la pauvreté mène un grand train de vie, le cher est économe, la pratique juste du travail ardent demande la préservation du principe du non-agir, la préservation de l'aspect de nouveau-né, la voie élevée de la vertu, c'est pourquoi ici la force vitale est extraordinairement puissante” (Tao to king).

Il  y a différents systèmes de Qi gong : taoïste, bouddhiste, martial, confucianiste, médical. Chacun d'eux se divise encore en raison de la multitude d’écoles poursuivant des buts précis et répondant à des bases idéologiques qui les déterminent. Dans tous les systèmes, l’entraînement comporte trois aspects : l'entraînement de la conscience, l'entraînement de la respiration et l'entraînement du corps.

L'entraînement de la conscience comprend la concentration de la pensée sur un objet, et le fait d’amener le cortex dans un état particulier. L'entraînement de la respiration comprend l'inspiration, l'expiration, la respiration profonde, souffler, aspirer et retenir la respiration. L'entraînement du corps comprend la marche, la station debout, la position assise, accroupie et le massage.

Si on prend le monde dans son cœur, qu 'on dirige bien le Yin et le Yang, alors les muscles fonctionneront idéalement et on pourra vivre tant que la Terre existera”. (traité taoïste)

Les exercices de Qi gong font partie intégrante de n'importe quel système ou école de Wu shu, mais ils acquièrent une importance toute particulière dans les styles dits internes Nei jia : les principaux et les plus populaires étant le Tai ji quan, le Ba gua zhang, et le Xingyin quan.

Le Tai ji quan permet d'utiliser largement l'effet thérapeutique qui apparaît avec une pratique régulière des formes exécutées lentement. Les mouvements combinent mollesse et calme, rythme égal et fluidité avec force et élasticité.

Dans l'autorégulation prophylactique, le Tai ji quan est perçu comme un des niveaux bioénergétiques supérieurs, car il est la suite naturelle de la préparation énergétique. Dans le processus des cours collectifs de bioénergétique, il est opportun d'introduire un enchaînement précis ou tao de Tai ji quan comme la partie la plus importante. Nous présenterons plus loin, un exemple d'une forme de base de Tai ji quan suffisamment élaborée.

Le Bagua zhang et le Xingyin quan ont des principes de travail énergétique à l'intérieur comme à l'extérieur du corps qui sont considérablement différents. Le dévoilement et l'analyse de ces styles n'entrent pas dans le cadre des questions abordées dans ce livre, puisque leur domaine prophylactique et médical, sûrement et profondément élaboré au cœur de chaque style, n'a pas connu une large expansion et continue de rester un domaine interdit au lecteur européen.

 

 

 

 

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